[Tuto] La photo dentaire pour les nuls.

Introduction

Dans l’ère de la dentisterie moderne, il apparait de plus en plus essentiel de savoir documenter son travail efficacement. Non seulement, pour pouvoir valoriser la qualité de nos soins auprès de nos patients et de nos confrères (les mauvaises langues diront « pour se la péter »), mais également d’un point de vu médico-légal (et ça, ça concerne tout le monde !).

Même si les smartphones permettent désormais de faire de jolies choses, il nous semble néanmoins qu’un appareil photo réflex, qu’il soit à visée électronique ou à visée réflex, reste le gold standard, pourvu qu’on puisse y monter l’objectif de notre choix.

Nous essaierons ici de regrouper des solutions simples et efficace, à prix raisonnable, et les différents réglages nécessaires afin de faire des photos exploitables et agréables à regarder. Il existera sans doute des solutions plus élégantes, plus onéreuses, plus modernes, nous vous laissons nous en parler en commentaire. Cependant, nous pensons que cet article vous permettra déjà d’avoir de bonnes bases.

Le matériel

Le boitier

Exemple de boitier (en l’occurrence, le Canon EOS 2000D)

Chez les photographes, il y a toujours eu LA gueguerre Nikon/Canon. Disons les choses une bonne fois pour toute, les canonistes sont les meilleurs!

Plus sérieusement, il existe maintenant beaucoup d’autres marques qui apportent un gros savoir-faire, tout en s’adaptant aux montures Canon / Nikon (Pentax, Sony etc)via des bagues d’adaptation, mais nous vous parlerons aujourd’hui principalement de ce que nous préférons connaissons le mieux, le matériel Canon.

Quoi qu’il en soit, en photo dentaire le matériel importe peu. Vous n’avez certainement pas besoin du dernier boitier qui vient de sortir, avec les derniers processeurs de traitement graphique qui offrent des performances inégalées, avec des centaines de millions de pixels etc. Ces boitiers-là sont conçus pour de la photo animalière/sportive ou de la photo de paysage en conditions de lumière compliquées ou bien des photos studio pour des affichages 4×3.

Dans votre cabinet, la lumière est idéale et le patient est statique donc le boitier le plus basique sera amplement suffisant quelle que soit la marque, pourvu qu’on puisse y adapter un objectif à monture Canon ou Nikon. (je vous conseille pour ma part de rester classique avec du Nikon ou du Canon pour ne pas vous rendre dingue avec des bagues d’adaptation).

Vous trouverez par exemple, et de manière non exhaustive, le D5600 chez nikon ou le Canon Eos 2000D à prix abordable (environ 430€ pour le second en « boitier nu », il faudra donc rajouter les accessoires).

L’objectif

Exemple d’objectif (Canon 100 Macro F/2,8 USM)

Au chapitre des objectifs, là, vous n’aurez pas vraiment le choix et nous ne vous conseillons pas d’improviser si vous débutez.

Il vous faut en omnipratique un objectif d’environ 100mm (entre 90 et 105 dirons-nous) avec une fonction macro (sans celle-ci il vous sera impossible de faire la mise au point à une distance raisonnable). Les références arrivent après.

En orthodontie, on s’orientera plutôt sur un 60mm macro pour pouvoir plus facilement prendre des sourires et des portraits sans avoir à changer 50x d’objectifs.

Chez Nikon, vous aurez le célèbre 105 macro sigma, ou le 90mm TAMRON f/2,8 qui sont tous deux d’excellente facture.

Chez Canon, nous vous recommandons de rester dans la marque avec le Canon 100 Macro F/2,8 USM à prix raisonnable (pour un objectif parce que ce n’est pas donné…) ou son grand frère le 100 macro L IS qui est une version professionnelle qui vous offrira un meilleur piqué (à voir si vous en avez réellement besoin…).

Détail important: pensez au marché de l’occasion, surtout pour les objectifs car leur prix n’est pas tout doux. Nous vous recommandons eBay afin d’avoir la garantie Paypal car on trouve vraiment de tout sur le marché de l’occasion et de préférence, en « très bon état ».

Le flash

Le flash (YN24EX)

Il vous faudra enfin un flash pour éclairer tout ça!

Chez Nikon, vous avez du choix! Notamment en flash annulaire chez Sigma ou Meike par exemple, et avec l’excellent Nikon R1C1 en twin.

Chez Canon, nous ne pouvons que vous recommander la gamme YonGnuo. C’est une marque chinoise qui propose des flashs pour canon d’excellente qualité! En annulaire vous aurez l’excellent YN14Ex, et en twin, le non moins bon YN24EX pour des prix vraiment très très raisonnables par rapport à la concurrence. Tout est sur Amazon.

Si vous êtes débutant le plus simple pour vous sera de choisir un flash annulaire. Mais avec un peu d’expérience vous vous apercevrez que les flash annulaires ont tendance à écraser les volumes, à déformer les teintes (on « enregistre » beaucoup plus de lumière réfléchie qu’avec un flash twin) et un reflet rond est souvent visible sur les dents. Un flash Twin avec ou sans diffuseur permettra de mieux apprécier les volumes et les teintes mais sera plus difficile à utiliser en secteur postérieur et en vue occlusale.

Les réglages

En photographie dentaire, les réglages vont être TRES TRES basiques..

Dans 99% des cas, le plus simple et le plus efficace sera de régler votre boitier comme suit en mode manuel:

  • Temps d’exposition: 1/200

C’est en général le temps d’exposition le plus court compatible avec les flash.

  • Ouverture du diaphragme: F/16

Certains pourraient dire qu’il faut fermer plus fort, pour augmenter la profondeur de champs, mais je préfère ouvrir un peu plus, m’éloigner d’une dizaine de centimètres, et ensuite recadrer si nécessaire. En s’éloignant on augmente beaucoup plus la profondeur de champs tout en gagnant en piqué, et la résolution de nos capteurs permet sans problème de pouvoir recadrer sans avoir de problème de résolution.

Pour illustrer tout cela, voici un exemple de profondeur de champs insuffisante:

Petit exemple de ce qu’il ne faut pas faire… Ici le praticien n’a pas monté son flash et s’est contenté d’ouvrir à f/5,6. La profondeur de champs est donc très insuffisante.

  • Sensibilité: ISO 100

Comme nous vous l’avons précédemment dit, nous sommes dans des conditions de lumière idéale. Donc, aucun intérêt d’aller chercher la performance du boitier en montant la sensibilité. On restera donc sur une sensibilité native de la majorité des capteur c’est à dire ISO 100. (NB: certains capteurs Nikon ont une sensibilité native de ISO 50 mais cela ne changera pas grand-chose à votre vie si vous restez en ISO 100)

  • Correction d’exposition au flash

Ça sera le paramètre que vous aurez le plus à toucher probablement. Il définit avec quelle puissance le flash va éclairer la scène. Il s’agit en général d’un curseur que vous pouvez déplacer de -2 en passant par 0, pour la moyenne, jusqu’à +2, par palier de 1/3. C’est un réglage assez empirique, si la photo est trop sombre vous augmenter de +1/3 la correction, et vous réessayez jusqu’à obtenir la bonne luminosité.

NB: l’information se trouve dans la lumière, pas dans l’obscurité. Donc sans aller jusqu’à cramer vos photos, vous aurez toujours plus de possibilités de retouches sur des photos sur-exposées que sur des photos sous-exposées.

  • La mise au point

Chez Nikon, à notre connaissance, les principaux objectifs sont mals/pas motorisés. La mise au point se fera donc en avançant ou en reculant jusqu’à trouver le point net. Dans le meilleur des cas vous aurez une confirmation de netteté avec le collimateur.

Chez canon les objectifs disposent d’une motorisation ultrasonique qui permet une mise au point rapide et efficace. Il suffit de positionner le collimateur sur la zone a mettre au point, déclencher à mi course, et hop! terminé!

A propos des collimateurs de mise au point, nous vous déconseillons formellement de laisser le choix du collimateur automatique. Sinon le boitier fera toujours la mise au point sur l’objet le plus proche de l’objectif. Nous vous conseillons au contraire de n’utiliser que le collimateur central (se référer à la notice de votre boitier pour ce paramètre). C’est toujours le collimateur le plus performant pour la mise au point.

  • Balance des blancs personnalisée

Ici on commence à rentrer dans le détail pour les amateurs de drosophiles. Sur tous les boitiers, vous pouvez sélectionner la qualité de la lumière qui éclaire la scène (soleil, nuage, éclairage tungstène, flash etc). Cette option vous permettra de rendre des couleurs les plus fidèles possibles avec un blanc le plus blanc possible. Dans la majorité des cas, il faudra sélectionner le mode flash.

Si vous voulez toucher du doigt la perfection, nous vous recommandons, du moins, si votre boitier le permet, de définir une balance des blancs personnalisée. Pour cela, il vous suffira de prendre en photo avec votre flash, et avec la lumière de votre plafonnier et/ou scialytique (même si je ne vous recommande pas de prendre des photos avec le scialytique à fond sur la scène) une carte de référence ayant une couleur grise à 18%. Alors, vous allez nous dire où vais-je bien pouvoir trouver ça? Vous trouverez cela sans difficulté sur internet, ou bien si vous êtes l’heureux propriétaire d’un Macbook air/pro gris clair, vous pourrez l’utiliser pour régler votre balance des blancs 🙂

Protocole de photo au fauteuil

Pour être vraiment utile, les photos que nous faisons doivent être reproductibles afin de pouvoir évaluer l’évolution d’une situation à plusieurs mois d’intervalle. Si nous voulons assurer la reproductibilité, il faudra rechercher un alignement avec les différents plan du patient (sagittal, longitudinal ou occlusal principalement).

  • Photo sourire:

Une photo d’un sourire, pour être correct, doit être centrée sur le plan sagittal médian (pas sur le milieu inter incisif) et dans le prolongement du plan d’occlusion.

Nous ne devons pas voir un secteur plus que l’autre, et nous devons voir les cuspides relativement alignées (en prenant en compte la courbe de spee évidemment)

  • Photo secteurs latéraux

Ici nous cherchons à être perpendiculaire au plan d’occlusion dans le sens horizontal et au grand axe des dents dans le sens vertical. Dans les plans larges, l’incisive latérale controlatérale ne doit pas être visible. Un miroir peut être utile ici, si vous voulez faire des photos en occlusion, ou au moins un écarteur.

  • En vue occlusale

Un miroir, ainsi qu’un écarte-lèvres, sont ici indispensables aussi bien au maxillaire qu’à la mandibule. Une pompe à salive sera utile pour aspirer l’humidité présente et limiter l’apparition de buée sur votre miroir (vous pouvez aussi demander au patient de rester en apnée). Il ne faudra pas hésiter à allonger le patient au maxillaire et le redresser à la mandibule, afin encore une fois de rester le plus perpendiculaire possible au plan du miroir, afin d’éviter les déformations.

Ce que vous devez obtenir

En suivant nos conseils et nos réglages, voici un exemple de que vous pouvez obtenir (photos fournies par un confrère). Alors, certes, ce n’est pas les meilleurs photos du monde, on peut même les critiquer.
MAIS elles sont parfaitement exploitables, et c’est ça le plus important ! Elles sont nettes, prise à peu près toutes de la même façon. Et ce dernier point est primordial si vous souhaitez suivre l’évolution d’un traitement (ici un traitement paro).

Bref, vous l’aurez compris, nous n’avons pas besoin d’œuvres d’art, juste des photos qui vous permettent de (bien) bosser.

Conclusion

Nous espérons que cet article vous aura appris les bases pour prendre de belles photographies dentaires et surtout exploitables ! Et surtout, entrainez-vous, Rome ne s’est pas faite en un jour !

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